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Le bio. Vaut-il vraiment le coup ? (le dossier + les résultats dans les PO)

Le bio. Vaut-il vraiment le coup ?

En fin d’article, le dossier et les résultats

Le bio. Vaut-il vraiment le coup ?

L’agriculture biologique a le vent en poupe. Pour autant, des questions restent en suspens : santé, environnement, prix. Nos réponses à travers nos enquêtes et nos tests de produits alimentaires bio.

Le bio Vaut-il vraiment le coup ?

Le secteur du bio affiche une santé éclatante ! La filière jouit d’une croissance à deux chiffres depuis des années. Elle a atteint 20 % en 2016 ! Environ 260 000 hectares de terres sont entrés en première année de conversion l’an dernier et seront certifiés d’ici à 2018. Tandis que la part de surfaces agricoles bio, actuellement de 5,8 %, pourrait se hisser à 20 % durant la prochaine décennie. Les experts les plus optimistes tablent sur la possibilité d’arriver à 50 % en 2050 (voir interview). Aujourd’hui, la filière amorce un tournant que souhaite accompagner l’Union Européenne – qui dicte les exigences du label AB – grâce à une nouvelle législation. Cette dernière est censée « renforcer la confiance du consommateur pour permettre au développement du secteur de se poursuivre », selon les vœux du commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan. Mais croître sans faillir à ses missions est un véritable défi et l’Europe peine à jouer son rôle de tuteur.

BRUXELLES ACCOUCHE D’UNE SOURIS

De meilleures conditions d’élevage, plus de production locale : les attentes du consommateur se diversifient face à des promesses parfois ténues mais souvent tenues. La principale motivation des adeptes du bio demeure toutefois ses bienfaits supposés pour la santé. À juste titre. Comme l’indiquent nos résultats, si l’intérêt sanitaire à consommer bio varie selon les familles d’aliments, pour les végétaux cela réduit significativement l’exposition aux résidus de pesticides !

Un bénéfice que Parlement et Conseil européens ambitionnaient de renforcer via une nouvelle réglementation bio, plus exigeante. Hélas, la montagne législative, empêtrée dans des débats houleux, a accouché d’une souris le 29 juin dernier.

La Commission a en effet dû renoncer à sa mesure la plus ambitieuse, le déclassement des produits contaminés. Son objectif : introduire des seuils de résidus de pesticides interdits dans le bio, dont le dépassement entraînerait le déclassement automatique des produits. Un projet notamment soutenu par la Belgique et l’Italie, qui appliquent une politique semblable à l’échelle nationale. Mais il a été abandonné sous la pression d’une majorité d’États, dont la France, qui a invoqué le principe d’obligation de moyens et non de résultats sur lequel repose le bio européen. Autrement dit, le label AB ne certifie pas qu’un produit est dénué de pesticides, mais simplement que le producteur met en œuvre les conditions pour cultiver sans pesticides chimiques. « Pénaliser les agriculteurs bio à l’heure où les contaminations fortuites par les cultures conventionnelles sont encore trop nombreuses serait injuste et cette mesure ne peut voir le jour sans un principe de pollueur-payeur », estime Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). Elle rappelle toutefois que certains labels bio privés prônent des mesures strictes pour lutter contre ces contaminations fortuites en interdisant les exploitations mixtes, celles qui produisent en bio et en conventionnel.

LES PRIX NE BAISSENT PAS

En attendant que les États se mettent d’accord, le nombre de magasins spécialisés en bio explose et les distributeurs généralistes étoffent leurs gammes. Cette hausse de l’offre devrait infléchir les prix. Pourtant, nos relevés dans 1 518 magasins montrent que la facture pour un même panier de courses est au moins 70 % plus élevée en rayon bio qu’en rayon conventionnel ! Or, le prix reste le premier critère de choix des ménages (48 %) devant l’origine du produit (36 %), selon la récente étude Inca 3 de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Certes, « produire vert demande plus de main-d’œuvre et d’espace pour une production égale », rappelle Stéphane Bellon, de l’Institut national de la recherche agronomique. Et le bio rémunère souvent mieux les producteurs. Mais cela ne justifie pas une telle cherté et la question des marges des distributeurs se pose. L’Agence bio, plate-forme nationale de promotion du bio, nous promet plus de transparence grâce à un observatoire des marges et des prix. On espère avoir les premiers résultats en 2017, notamment pour le lait et le steak haché. Pour sa part, l’UFC-Que Choisir boucle une étude sur la question. Ses conclusions devraient être dévoilées très prochainement. Nous en reparlerons.

INTERVIEW

Sylvain Doublet, agence Solagro

“ Le pari : 50 % de bio à l’horizon 2050 „

Sylvain Doublet travaille pour Solagro, une agence spécialisée dans la transition énergétique et alimentaire. Il est le coauteur d’Afterres2050. Ce scénario fait le pari d’un modèle basé à 50 % sur une agriculture biologique et à 50 % sur une agriculture intégrée, réduite en pesticides.

Que Choisir : 33 ans pour passer de 6 à 50 % de bio en France, est-ce réaliste ?

Sylvain Doublet : L’objectif ­d’Afterres2050 est d’alimenter le débat autour d’une question : comment nourrir une population plus nombreuse en 2050 compte tenu des limites des rendements agricoles, qui ont déjà atteint leur pic, tout en respectant les objectifs de réduction des pesticides et des émissions de gaz à effet de serre ? Afterres2050 montre, de manière chiffrée, qu’il est possible de nourrir correctement la France et ses voisins avec un modèle agricole plus durable, à condition de jouer sur les bons leviers. Il faut notamment repenser l’utilisation des terres et des productions, soit diviser par deux le cheptel bovin, multiplier par trois le maraîchage et par deux les protéines végétales (céréales et légumineuses). Ou encore, orienter l’export vers les seuls pays qui le nécessitent, comme le Moyen-Orient, et baisser l’exportation des céréales fourragères. En parallèle, revoir notre régime alimentaire est indispensable pour rendre ce scénario crédible.

QC : En 2050, quelle sera la ­composition de notre assiette ?

S. D : C’est ce que l’on surnomme l’assiette « demitarienne ». Elle s’apparente aux régimes méditerranéens. On y divise par deux la part de viandes et de produits laitiers, on diminue le sucre et l’on augmente d’un tiers la part de fruits, légumes, céréales et légumes et fruits secs. Fait notable, pour la première fois depuis des décennies, l’État incite à baisser la consommation de protéines animales au profit des protéines végétales via le plan national nutrition santé (PNNS 4) et, ce, dans l’intérêt de la santé des Français. En outre, une assiette plus végétale est moins chère pour le consommateur qu’une assiette riche en produits animaux. Ce qui relativise quelque peu le surcoût du bio.

 

 

 

 

 

 

Résultats