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Laits infantiles contaminés à la salmonelle. Les réponses à vos questions

Laits infantiles contaminés à la salmonelle. Les réponses à vos questions

Laits infantiles contaminés à la salmonelle. Les réponses à vos questions

C’est une affaire de lait qui fait tache d’huile. En 10 jours, pas moins de 26 jeunes enfants nourris au lait infantile ont contracté la salmonellose. Après une première alerte le 2 décembre, concernant 12 lots de laits infantiles produits par le site Lactalis de Craon, en Mayenne, ce sont finalement plus de 620 lots issus de cette même usine que le gouvernement rappelle en raison d’un risque de contamination par les salmonelles. L’usine, fermée depuis le 10 décembre par arrêté préfectoral, doit subir une décontamination renforcée avant d’espérer rouvrir. Quels sont les symptômes d’une salmonellose, que faire si vous possédez un lait potentiellement contaminé… ? Que Choisir fait le point.

Laits infantiles contaminés à la salmonelle Les réponses à vos questions

 SOMMAIRE

Mise à jour du 18 décembre 2017
Saisie par des consommateurs inquiets, l’UFC-Que Choisir va déposer plainte pour tromperie auprès du procureur de la République de Paris à l’encontre de la société Lactalis afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances entourant la contamination de laits infantiles à la salmonelle et l’absence de détection de cette contamination.

D’OÙ PROVIENT LA CONTAMINATION ?

Le site industriel du groupe LNS à Craon, en Mayenne, propriété du leader mondial des produits laitiers Lactalis, est pointé du doigt par les autorités. Suite à la survenue d’un nombre inhabituel d’infections à la salmonelle chez des nourrissons, les services de contrôles sanitaires français ont identifié et confirmé le lien de ces contaminations avec la consommation de produits de nutrition infantile issus de ses chaînes de production. Selon le porte-parole de Lactalis, Michel Nallet, la contamination serait survenue sur l’une des deux tours de séchage de l’usine de Craon dans la période du 1er au 6 mai. « Mais il est trop tôt pour avoir la preuve exacte de cette hypothèse. En application du principe de précaution, les autorités ont décidé d’arrêter toutes les commercialisations et de faire un rappel global des produits sur la tour numéro 1. Nous avons décidé d’arrêter nos deux tours, même celle qui n’est pas incriminée, et toutes nos installations de conditionnement. Nous allons procéder à des contrôles complémentaires et à un nettoyage complet renforcé afin de nous assurer que le site de Craon, lors de sa remise en route, puisse fabriquer normalement des produits pour les bébés. »

De son côté, le directeur général de la Santé, Benoît Vallet, a indiqué à l’AFP qu’en août et en novembre, des « prélèvements internes au site de Craon » s’étaient avérés « positifs aux salmonelles ». Lactalis précise que ces prélèvements ont été effectués non pas sur les laits mais sur du petit matériel de nettoyage et les carrelages et assure n’avoir eu connaissance de cette information que la semaine dernière.

Le professeur Christophe Dupont, pédiatre et chef du service d’explorations digestives de l’hôpital Necker à Paris, rappelle que « la salmonelle est une bactérie présente partout dans l’environnement. La difficulté est de se prémunir efficacement d’une contamination à la source car il suffit par exemple que le lait d’une traite soit infecté pour contaminer des milliers de lots différents, d’énormes quantités de laits différents étant mélangées au cours de leur transformation ». On notera que des laits végétaux, à base de riz, ont également été contaminés au sein de l’usine.

QUELS LAITS INFANTILES SONT CONCERNÉS ?

Plus de 620 lots potentiellement contaminés, dont une quarantaine pour la France, ont été retirés du marché. Il s’agit de laits vendus sous les marques Picot, Celia, Milumel ou Carrefour. Figurent également sur la liste des produits destinés à l’Algérie, au Royaume-Uni, au Liban ou encore à la Chine.

Le retrait concerne une large gamme de laits premier âge (0 à 6 mois), deuxième âge (6 à 12 mois) et de croissance (1 à 3 ans) avec ou sans lactose, à base de protéines de riz ou sans huile de palme. Certains sont disponibles uniquement en pharmacie, d’autres en grande surface.

La liste des lots concernés est disponible sur le site du ministère de la Santé. 5 lots supplémentaires, vendu en pharmacie, sont signalés par l’ordre national des pharmaciens (en jaune fluo dans la liste ci-jointe).

QUELS SONT LES SYMPTÔMES ?

L’infection à la salmonelle est une intoxication alimentaire qui touche particulièrement les personnes fragiles : jeunes enfants, personnes âgées ou malades. Les symptômes se déclarent rapidement et les enfants touchés présentent une diarrhée typique avec des selles molles mais pas liquides contenant des traces de sang, accompagnée d’une fièvre. Face à ces symptômes, les médecins demandent généralement une coproculture (analyse des selles) pour confirmer le diagnostic. Les symptômes sont alors traités avec des antibiotiques. Selon une déclaration de la direction générale de la Santé, les enfants contaminés jusqu’à présent « vont bien ». Mais si cette infection bactérienne se soigne bien grâce aux antibiotiques, elle n’en est pas moins préoccupante chez les nouveau-nés, à qui sont justement destinés les laits premier âge (de 0 à 6 mois), nous confirme un pédiatre.

Il conviendra toutefois de ne pas confondre ce tableau bien distinct de celui de la gastroentérite qui atteint actuellement son pic saisonnier dans de nombreuses régions. Dans tous les cas, si votre enfant présente des symptômes de toxi-infection alimentaire (diarrhée éventuellement accompagnée de fièvre), contactez un médecin dans les meilleurs délais. En attendant, un soluté de réhydratation, disponible en pharmacie, pourra être donné à l’enfant pour éviter une déshydratation en cas de pertes liquidiennes importantes (selles nombreuses).

QUE FAIRE LORSQU’ON EST EN POSSESSION DE PRODUITS POTENTIELLEMENT CONTAMINÉS ?

En premier lieu, vérifiez si votre lait en poudre appartient bien à l’un des lots incriminés dont la liste est disponible sur le site du ministère de la Santé (1). Si c’est le cas, le ministère demande aux parents de ne pas utiliser les produits concernés, essentiellement vendus sous les marques Milumel et Picot, mais aussi Carrefour. Carrefour a, de son côté, décidé « par mesure de précaution »d’élargir son rappel à tous les produits infantiles fabriqués sous son nom à Craon, et pas seulement aux seuls lots concernés par la mesure de Bercy.

Des alternatives à ces laits infantiles, recommandées par des pédiatres, sont disponibles sur le site du ministère de la Santé. S’il est vraiment impossible pour les parents de trouver l’un des laits de substitution, la Société française de pédiatrie leur propose de préparer un biberon avec le lait qu’ils possèdent, puis de faire bouillir le lait pendant 2 minutes dans une casserole, le laisser refroidir et le donner à leur bébé en attendant de trouver une alternative.

Enfin, les consommateurs qui souhaiteraient s’adresser, voire se retourner contre leur fournisseur de lait en poudre, doivent conserver les boîtes (à part), les ordonnances et les factures d’achat, si possible détaillées, avec numéro de lot, selon les conseils des collectifs de parents (voir encadré).

OÙ PEUT-ON SE RENSEIGNER ?

Vous pouvez demander conseil à votre pharmacien, les officinaux ayant été mobilisés pour répondre aux questions des parents et les orienter vers des laits de substitution, selon un communiqué de l’Ordre national des pharmaciens.

Les autorités ont mis en place un numéro vert ouvert de 8 h à 20 h, 7 jours sur 7 (0800 636 636). Lactalis a également mis en place un numéro vert (0800 120 120) et le service client de Carrefour est joignable au 0969 397 000 (appel non surtaxé). Attention, ces numéros ne mettent pas en relation avec des professionnels de santé.

En cas de symptômes de toxi-infection alimentaire (diarrhée éventuellement accompagnée de fièvre), contactez un médecin dans les meilleurs délais.

Une plainte sera déposée lundi contre Lactalis par un parent

Contacté par nos soins, Quentin Guillemain déclare qu’il portera plainte lundi 18 décembre auprès du tribunal de Paris contre Lactalis et son pharmacien pour les motifs de « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Ce père d’une petite fille de deux mois, consommatrice du lait Pepti junior de Picot, dont des lots sont concernés par le retrait, ne cache pas sa colère. Contre Lactalis bien sûr, à l’origine de la contamination, mais aussi contre son pharmacien qui, bien qu’ayant ses coordonnées via les ordonnances de lait de sa fille, ne l’a pas contacté dans les jours qui ont suivi les premiers retraits pour le mettre en garde. « Nous estimons qu’il a failli à son devoir d’information », s’insurge le père de famille, qui a également mis en place une adresse mail (victimeslactalis@gmail.com) pour « fédérer les parents concernés et donner un cadre juridique à leurs éventuelles plaintes, afin qu’elles soient recevables et, dans la mesure du possible, rattachées entre elles ». Il regrette également le manque d’engagement de l’État, « qui a mis des mois à réagir, laissant Lactalis gérer la crise » et qui, selon lui, « peine à donner des consignes claires aux parents, les numéros d’assistance ne mettant pas en contact les appelants avec des professionnels de santé ».

Marie-Noëlle Delaby

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